Il y a tout juste une semaine, le groupe brésilien Sepultura était en concert à Cuba. Pour beaucoup, le fait semble banal ou anodin et pourtant il n’en est rien: c’est la première fois dans l’histoire de Cuba qu’un groupe de musique d’un genre un peu musclé (”métal”) se produit sur une scène cubaine, et quelle scène! : la Tribune Anti Impérialiste, place politique érigée face au bureau des Intérêts Américains (les Etats-Unis n’ont pas d’Ambassade à Cuba, ils ont un “bureau d’intérêt” mis à disposition par la Suisse). Ce concert, bien au delà des simples fans du groupe, a rassemblé un peu plus de 30 000 personnes venues voir un groupe mythique (25 ans d’existence) et une ambiance jusque là inconnue pour la grande majorité d’entre eux: les rockers cubains, “los peludos” (les chevelus) ont toujours été marginalisés, montrés du doigt, culpabilisés de tous les maux, traités de tous les noms d’oiseaux, reprimés aussi pendant plusieurs années. Mais voilà, il y a un an également était créée l’Agence Cubaine du Rock, entité officielle sous tutelle du Ministère de la Culture, chargée de promouvoir le mouvement rock national. Pour un bien ou pour un mal ? Comment imaginer que la musique de l’ennemi, celle qui a toujours été interdite et condamnée, serait un jour institutionnalisée ? Comment penser qu’une musique rebelle puisse devenir une affaire d’Etat ? Cuba est un pays de paradoxes et aussi inimaginable que cela puisse paraître, c’est pour le plus grand bien, jusqu’à présent, que le mouvement rock national ait été pris en charge par le Ministère. Les travaux entrepris sont loin d’être suffisants mais ils ont le mérite d’exister et l’Agence du Rock, malgré ses carences de tous ordres, fait un remarquable travail. C’est grâce à ses efforts que les cubains et les musiciens de l’Ile ont pu, l’espace d’une soirée unique, se croirent dans un Festival comme il en existe tous les jours dans tous les coins de France.

Rappel des faits en image:
Album Flickr, diaporama et Video CNN