Cuba et Internet en 2011

Boris Moreno, Vice-Ministre d’Informatique et des Communications vient de répondre à Juventud Rebelde sur le futur de l’Internet à Cuba. Grâce à cet article original de Alejandro Perez Malagon de Bloggers Cuba, nous nous attacherons à souligner quelques éléments qui ont suscité notre attention.

cuba internet 2011 Cuba et Internet en 2011

Nous apprenons dans cette interview que la connectivité via le satellite s’est accrue cette année, avec actuellement 180 megabytes sortants et 302 entrants, ce qui a amélioré l’accès au réseau; cela s’est fait principalement ressentir sur le réseau national, l’accès au réseau global internet reste toujours très lent. C’est probablement du au fait que ce sont maintenant 1 400 000 personnes qui sont connectés à Cuba, tant sur les services nationaux que pour Internet. Cette bande passante est évidemment insuffisante pour la connectivité d’un pays. Selon des données d’autres sources consultées, le pays comptait il y a peu 327 000 usagers d’Internet.

La fibre optique qui doit unir Cuba au Venezuela doit arriver début 2010 et plusieurs questions dirigées au vice ministre sont liées à la gestion qu’en feront le gouvernement cubain et son ministère. A ce sujet, le vice ministre commente “qu’il y a la volonté, dans la mesure où les conditions techniques et économiques le permettent, qu’une majeure quantité de citoyens accèdent à Internet. Cette volonté existe.”

Concernant la possibilité des foyers cubains de souscrire aux services Internet, le vice ministre précise “que c’est une mesure qui n’est pas encore prise, bien qu’il n’y ai aucune préoccupation ou préjugé pour que ce service s’étende quand les conditions seront réunies”. Il ajoute que les limitations pour atteindre cette objectif sont purement économiques et technologiques. Aucune date n’est pronostiquée pour la prise de cette décision, ni sur les possibles stratégies considérées par le Ministère pour gérer la socialisation de cette nouvelle ressource. Moreno présente le faible taux de densité téléphonique et la bande passante actuelle comme une limitation importante à un service plus étendu d’Internet.

Le vice ministre mentionne la préoccupation du Ministère de l’Informatique et des Communications au sujet de l’accès des citoyens à des “contenus nocifs comme l’incitation au terrorisme, la xénophobie, la pornographie et bien sur l’incitation à la subversion de l’ordre établi à Cuba et les contenus franchement contre révolutionnaires” ou “que l’information sensible circule sur les réseaux ou qu’elle soit entreposée sur des machines présentant des failles de sécurité qui permettent à des intrus d’y accéder”.

Il termine l’interview avec cette phrase “il nous revient, en tant qu’organisme qui a sous sa responsabilité l’usage ordonnée et sûr des nouvelles technologies, de travailler pour capaciter ses dirigeants et pour que soient respectées les résolutions à cet effet, sans pour autant tomber dans les préjugés ou les interdits injustifiés par la méconnaissance. Restreindre l’usage des nouvelles technologies de l’information et des communications ne nous intéresse pas, bien au contraire, parce que nous sommes convaincus que sans elles le développement d’un pays dans le monde actuel est impossible“.

Cette dernière phrase est en contradiction avec les dernières mesures prises par ce ministère pour interdire l’accès des usagers cubains à des services de messagerie y courrier électronique gratuits sur Internet. Dans son ensemble, les déclarations de cette interview sont assez prometteuses, surtout avec la phrase “mais du point de vue politique il n’y a aucune limitation [aux formules d'accès individuel à Internet]“.

Autre aspect encourageant, la mention suivante: “aujourd’hui la production de contenus, non seulement provenant de l’extérieur, mais aussi des propres réseaux nationaux, est un thème crucial“.
C’est une arme fondamentale pour s’approcher des réseaux sociaux et des blogs (et des initiatives basées sur le web 2.0 en général) car les avances significatives dans ce domaine ne se feront pas avec des contenus du type web 1.5 générés par les institutions. Ceci signifierait également un pas de plus vers la démocratisation de la société. Ce ne serait pas mal qu’un jour bloggerscuba.com migre vers bloggerscuba.cu

Malgré tout ceci, les mêmes doutes que nous avons depuis le début persistent:

- Le cable de fibre optique impliquera t-il un accès à Internet plus large pour la population ou simplement une amélioration de la qualité de connexion des 300 000 personnes qui ont déjà ce service ? Dans un certaine mesure le vice ministre répond que “le gouvernement cubain a la volonté politique d’étendre l’accès à Internet de façon sûre”. Toutefois, nous nous posons les questions suivantes:

- Quelles stratégies possibles considère le Ministère pour socialiser l’Internet à Cuba à partir de l’augmentatin de la bande passante ?

- Est-ce que des mesures seront prises pour filtrer du contenu “franchement contre révolutionnaires” ou “subversif” au sein des réseaux sociaux (ce qui est technologiquement pratiquement impossible) ou les blogs et réseaux sociaux seront purement et simplement coupés et jetés par la fenêtre ?

- Qui déterminera les contenus qui seront autorisés et ceux qui ne le seront pas ?

Des mauvaises expériences ont été vécue à Cuba quand des personnes avec des responsabilités similaires ont démontré un haut niveau d’intolérance face à des idées différentes des leurs. La génération actuelle a vécue une expérience révélatrice quand elle a appris, à travers le témoignage direct des participants de la “guerre des emails”, les excès commis contre les intellectuels cubains durant le “Quinquennat gris“. Espérons que nous serons capables d’arriver à un intranet cubain “social” sans avoir à passer par un Quinquennat gris 2.0

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13 commentaires »

  • ..car ” des contenus franchement contre révolutionnaires ” ne sont évidemment pas accessibles via un 56k dans le hall d’un hotel quelconque ?!

    Commentaire par MiKE — 18/04/2009
  • il a déjà été commenté que les ordinateurs publics permettant un accès au réseau moyennant paiement seraient truffés de filtres et de mots-clés… je n’ai personnellement jamais vérifié mais l’expérience serait à tenter. Qui s’y lance ? ;-)

    Commentaire par David Chapet — 18/04/2009
  • J’ai testé depuis différents ordis de hall d’hotels et c’est passé sans problème : suis même allé sur le site de l’ambassade US au Mexique (en vlà des contenus franchement contre révolutionnaires ;o) .. Sinon, comme t’as pû le voir, le BlackBerry fonctionne nickel !

    Commentaire par MiKE — 18/04/2009
  • J’adorerais que Cuba, comme tous les pays “en marge” puissent accéder au net.

    D’un point de vue technique, il ne faut pas s’étonner que “l’accès au réseau global internet reste toujours très lent” car si comme vous l’évoquez Cuba dispose de 302 Mbits entrant pour 1.400.000 connectés, ça donne théoriquement 226 bits/sec par internaute. Ce qui est vraiment très – très – très – peu.

    Pour comparaison historique (théorique), c’est ce dont nous disposions en france en 1990 avec des modems 1024/128, ceux de l’age du minitel.

    Cordialement, Luc-Olivier

    Commentaire par Luc-Olivier Lafeuille — 27/04/2009
  • Il faut laisse le temps faire les choses. Mais si c est un peu lent, je pense que les USA peuvent donner un coup de main pour développer l’accès à internet.

    Commentaire par blind — 13/05/2009
  • j ai ete deux fois a cuba est c est vraiment un truc de fou , des medecins qui gagne moins que des barman dans les hotel , bref de la coruption a tout les etages , mais cuba doit se liberer tout seul ou par des cubains et pas des americains , sinon sa passera pas .

    Commentaire par mutuelle — 14/05/2009
  • @mutuelle: vous dites que vous êtes contre une intervention américaine, je ne peux qu’être d’accord avec vous, mais dite moi une chose, pourquoi avoir écrit aujourd’hui dans notre blog Bloggers Cuba (http://www.bloggerscuba.com) le commentaire suivant: “usa must go in cuba for finish ans liberat cuban people”

    Vos idées changeraient-elles selon la langue et la nationalité de vos interlocuteurs ?

    Commentaire par David — 14/05/2009
  • Les médecins gagnent moins que les barman?! Bah dis donc. Au moins on peut espérer que les médecins font leur métier par vocation, ce qui n’est pas toujours le cas ici

    Commentaire par Mr Buzz — 15/05/2009
  • L’arrivée d’Obama a aussi changé la donne dans les relations USA / Cuba, et un certain vent de liberté souffle dans les télécoms cubaines. On est encore loin d’une démocratie classique (vous savez celles où on peut critiquer le pouvoir sans devoir mettre sa famille en lieu sûr…) mais les choses bougent dans le bon sens.

    Commentaire par David — 19/05/2009
  • Je pense quand même que d’ici 2011, les choses évoluerons plus que convenablement et on peut compter sur les USA pour y parvenir …
    Certe Cuba est loin d’une démocratie au VRAI sens du terme mais j’ai bon espoir !

    Commentaire par Bluff — 24/07/2009
  • [...] rappel, un article détaillé de l’année dernière sur le sujet: Cuba et Internet en 2011 >>> Cet article vous a plu ? Partagez le [...]

  • Il faut relativiser, Cuba n’est pas une démocratie, mais on ne peut blâmer les USA ou les révolutionnaires, puis la dictature. Maintenant il faut aller de l’avant et encourager à ce que le régime continu d’avancer vers la démocratie.

    Commentaire par Corbac — 25/03/2010
  • Les dictatures ne sont jamais une bonne chose. Malheureusement certaine démocratie ne sont pas mieux. Detournement des fonds publics, cumules des retraites… Au cubins de décider de leur sort.

    Commentaire par Germain — 21/05/2010

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