Menaces, limitations et barrières pour l’arrivée du web 2.0 à Cuba

Bien que tout arrive petit à petit, de nombreux phénomènes technologiques tardent à s’établir à Cuba. Un de ceux-ci, à titre d’exemple, a été la téléphonie mobile. L’accès à Internet en est un autre. Seule une petite frange de la population cubaine est capable de disposer d’un espace dans l’étroite largeur de bande dont dispose le pays…

A mon sens, le meilleur article publié jusqu’à ce jour dans Bloggers Cuba, tout comme le débat généré dans ses commentaires. J’ai pris la peine de la traduire du mieux que possible en français. Son auteur est Alejandro PEREZ MALAGON du blog Artilugios.cu

 Menaces, limitations et barrières pour larrivée du web 2.0 à CubaAucune amélioration n’est prévue avant 2010, quand la fibre optique qui uniera Cuba au Vénézuela augmentera le trafic avec le réseau des réseaux.

Bien que les stratégies du gouvernement cubain pour administrer ce nouvel espace qui sera créé sont encore floues, certains d’entre nous qui avons déjà la possibilité d’accéder au réseau Internet avons des préoccupations qui vont au delà.
La web 2.0 est une façon de faire, un modus operandi qui a caractérisé certains des services qui ont connu le plus de succès depuis l’échec partiel du modèle 1.5* qui a servi de base aux entreprises .com. La nouvelle génération: Facebook, Wikipedia, Wordpress, Twitter, YouTube y Flickr, entre beaucoup d’autres, ont pu se positionner pour avoir su motiver leurs usagers à générer du contenu pouvant apparaitre intéressant pour les autres usagers. Là est la philosophie de base de la nouvelle conception de la web dite 2.0, où les usagers sont les véritables protagonistes.

Il existe un grand nombre de processus sociaux et technologiques qui ont besoin de suivre cette philosophie pour arriver à un certain succès. Il existe déjà à Cuba quelques exemples de comment utiliser cette façon de faire les choses pour arriver à obtenir des services de forte valeur pour la communauté, bien que ceux-ci se situent à la limite du légal et du spectaculaire. Sepermuta et Revolico sont deux des plus importants.

 Menaces, limitations et barrières pour larrivée du web 2.0 à Cuba
Egalement le nouveau service KeWelta, espace de promotion des activités (cuturelles, recréatives, académiques, etc) qui se réalisent surtout à La Havane, permettant une certaine interaction avec les contenus publiés (comme le fait de voter pour les activités préférées) mais qui toutefois ne permet pas de promouvoir directement une information.

Il y a une véritable carrence de services de ce type au sein du réseau cubain et dirigés à Cuba qui peut s’analyser en 3 points fondamentaux:

1. Limitations technologiques et de connaissance
2. Inconpréhensions et craintes
3. Une communauté d’internautes limitée peu motivée à créer et utiliser ce type de services

Detallons brièvement chacun d’eux:

Limitations technologiques.

Les services qui fonctionnent selon le modèle web 2.0 nécessitent des technologies comme un langage pour pages dynamiques (PHP, C#, Python ou similaire) et d’une gestion de base de données; généralement pour être plus fonctionnels ils sont besoin d’un langage de script qu’exécute le navigateur comme Javascript et ses librairies plus élaborées, comme celles qui utilisent AJAX. Ces technologies demandent des serveurs plus puissants quand au traitement et capacité de stockage, une bande passante décente et des clients équipés d’ordinateurs qui puissent assimiler ces services.

heatsink Menaces, limitations et barrières pour larrivée du web 2.0 à Cuba

Il ne s’agit pas non plus de quelque chose d’extraordinaire mais il est nécessaire de compter au moins sur des serveurs professionnels pour y arriver. Un PC domestique transformé en serveur pourra difficilement accomplir cette tâche mais dans de nombreuses entités cubaines il s’agit bien souvent plus de la règle que de l’exception. La débit de la connexion des usagers à Cuba est assez faible ce qui limite également les possibilités d’accès à ce type de service.

La connaissance des administrateurs/développeurs est aussi mis à l’épreuve quand il s’agit de monter un de ces services. L’habilité, la plus triviale, de programmer en langages actifs n’est pas seulement nécessaire, il faut aussi compter sur un montage optimum des bases de données et des interfaces. C’est un challenge aujourd’hui pour les développeurs de savoir utiliser, réutiliser et modifier pour nos propres usages les frameworks qui supportent les services 2.0, comme Drupal, Wordpress, Moodle, Elgg et autres.

Incompréhensions et craintes.

Rappelons nous de ce que disait Yasmín dans son interview menée par Boris et publiée sur Bloggers Cuba: la nature du web, spécialement le web 2.0, est potentiellement libératrice et inclusive. Mais d’autre part, comme elle même le soulignait, ne perdons pas de vue que les inclus et les libérateurs dans la web sont ceux qui peuvent y accéder.

A ce jour, la quantité d’usagers qui accèdent au réseau depuis une position de bien-être économique et de satisfaction avec l’ordre mondial est majoritairement écrasante, générant ainsi des contenus idéologiquement déterminés par sa condition. Ceci créé un risque potentiel de “diversionisme idéologique” chez les usagers cubains à l’heure d’accéder aux services 2.0, qui pourrait être interprêté comme une menace pour beaucoup de dirigeants à Cuba.

Les campagnes sur le web, parrainées et avec pour objectif la destabilisation du gouvernement cubain, ont amené à créer une crainte pour la libération et la création de nouveaux services pouvant donner un espace pour les attaques mal intentionnées, bien qu’utile s’il est utilisé par les citoyens pour débattre à bon escient.

A tout ceci s’ajoute l’ancien concept du web 1.0** et 1.5 où les contenus existants sur un site determiné sont responsabilité légale de l’entité qui les administre. De nombreux dirigeants des secteurs liés au réseau se sont formés durant le règne des générations précédentes du web (1.0, 1.5) et continuent encore de gérer ces concepts.

La législation actuelle stipule que les administrateurs d’un site web sont responsables des contenus qui y sont publiés. Sous cette législation, nombreux sont ceux qui enfeignent la loi. Il est indéniable qu’il existe une vocation de contrôle de la navigation Internet au sein du gouvernement cubain et le web 2.0 est beaucoup plus difficile à contrôler. Les responsables de la régulation Internet à Cuba devraient mesurer les menaces et les avantages qu’apportent ces services à la société. Il est nécessaire que soient réanalysées ces législations, normes et concepts selon le nouveau phénomène mondial du web 2.0, ce qui devrait être également fait dans de nombreux pays.

Il est indispensable de comprendre que le rôle de générer des contenus visibles par tous ne doit plus être l’apanage des entités et des entreprises mais aussi des usagers. Analyser combien ceci peut être bon et positif pour la société, la participation et la démocratie sont une responsabilité qui nous revient de démontrer aux dirigeants et politiciens nationaux. Aussi existe la possibilité de tracer une stratégie correcte pour arriver à un usage utile de ces technologies.

Une communauté d’internautes limitée peu motivée à créer et utiliser ce type de services.

Le manque de motivation est un problème national qui échappe au cadre du web 2.0. Réellement l’incapacité pour motiver les personnes est démontrée être un des problèmes de soutenabilité les plus répété au sein des projets à Cuba (documentation offline qui l’affirme disponible sur demande).

Pour qu’un service du type 2.0 fonctionne il est nécessaire d’avoir une certaine masse critique d’usagers pour qu’il existe en son sein un groupe motivé à générer des contenus. L’accès limité à Internet rend ceci difficile mais il existe de nombreuses opportunités sur le réseau intranet national, auquel beaucoup plus ont accès, qui ne doivent pas être dépréciées.

Il n’existe à ce jour aucun mécanisme pour développer des services qui pourraient se subvenir en termes économiques, ce qui affecte aussi la soutenabilté de ces projets. L’originalité et la qualité des idées ne sont pas récompensées au niveau du salaire à Cuba, ce qui amène un grand nombre à se garder les bonnes idées qui impliquent un travail aditionnel qui ne sera pas rémunéré.

————————
* Web 1.5: Modèle de sites web à partir desquels l’information est desservie aux usagers à travers des pages webs dynamiques qui consultent les bases de données préalablement remplies par les founisseurs du service.
** Web 1.0: Modèle de sites web à partir desquels l’information est publiée sous forme de documents HTML qui contiennent toute l’information et les références qui se présentent.

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9 commentaires »

  • Merci pour cet article très instructif, ne connaissant que peu – voire pas du tout le web ” cubain ” – ton article est une excellente source d’info.
    Mais d’un autre coté je suis un peu surpris par le fait ” que la masse critique des utilisateurs ” ne soit pas levées pour les services 2.0.
    Avec les cubains expatriés aux états unis par exemple celle-ci doit être assez conséquente.

    Commentaire par rez0 — 13/12/2008
  • en effet , beau papier que j’avais parcouru dans Bloggers Cuba.
    En ce qui concerne les craintes des autorités Cubaines concernant l’accés libre des Cubains à la Toile, je crois qu’unprojet de parade a été trouvée par le Ministère. Je vous le livre , pour le plaisir, ACCES LIBRE

    Le Ministère de l’informatique et des communications (MIC) a eu la gentillesse de m’envoyer cet avis :

    “Dans l’objectif de satisfaire la demande croissante de notre peuple pour l’accès à internet, notre ministère a envisagé la création d’un plan spécial pour développer et promouvoir l’usage public d’internet dans notre pays. Ce plan porte le nom d’Inter-rien.

    Dans notre ministère, nous sommes parfaitement conscients de l’importance de l’accès d’internet mais nous savons aussi que c’est une erreur d’ignorer les dangers que contient son usage. C’est pour cette raison qu’il a été décidé que dans un premier temps, l’accès public à internet serait ouvert seulement à certains secteurs déterminés de la population, pendant une certain temps. Au terme de cette période aura lieu l’évaluation du succès obtenu et des problèmes éventuellement rencontrés. Après la réalisation des modifications nécessaires commencera une seconde étape, qui concernera l’ensemble de la population.

    Pour la composition du groupe initial, nous avons cherché un échantillon suffisamment hétérogène, afin de garantir la représentativité de l‘ensemble de la population cubaine.

    Le groupe initial concerne tous les citoyens cubains, résidents à Cuba, qui sont inclus dans l’une des catégories suivantes :

    - Vétérans de la première guerre mondiale
    - Travailleurs participant au projet cubain d’exploration de la planète Mars
    - Sportifs et entraîneurs ayant participé aux derniers Jeux Olympiques d’hiver
    - Survivants du Titanic
    - Lauréats du prix Nobel, quelle que soit la catégorie
    - Retraités de 65 ans ou plus, en bonne santé, capables de courir le 100 mètres en moins de 11 secondes (épreuve exigée)
    - Adolescents (âgés de moins de 15 ans) qui peuvent réciter par cœur un fragment de plus de 20 pages du chef-d’œuvre de Karl Marx : Le Capital (le choix du fragment est libre, tant que la longueur est respectée)
    - Femmes au foyer diplômées du BEPC qui peuvent démontrer avoir lu Ulysse de James Joyce et A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (il faudra démontrer la lecture des deux œuvres, épreuve écrite).

    Il existe de plus l’intention d’inclure dans ce premier groupe les personnes qui peuvent prouver avoir vu tous les programmes de la «Mesa Redonda» diffusés jusqu’à ce jour. Ces personnes doivent être en bonne santé psychologique et ne présenter aucun trouble neurologique (certificat médical exigé, et vérification des connaissances par des questions au hasard sur l’émission).

    Comme vous pouvez le voir, ce groupe initial permet une haute représentativité de tous les secteurs de la population (étudiants, travailleurs, intellectuels, scientifiques, sportifs, retraités, et femmes au foyer), ce qui entraîne une garantie du succès du projet.

    Révolutionnairement,

    José Papillon Varela
    Sous-secrétaire du bureau du Ministre pour les réseaux, les câbles, et autres nœuds.
    évidemment c’est une blague, tirée du blog “Mi Isla al Médiodia” et traduite en français par Tortue de “Fragments d’île”, trés joli blog fermé en juin 2007, que David connaissait, je crois, un peu.

    Commentaire par lucho — 13/12/2008
  • :-) merci Lucho pour nous avoir fait part de cette belle résolution du Ministère, je constate que tu as tes entrées un peu partout ;-)
    (@Tortue: saludos desde tu Habana…)

    @rez0: effectivement la masse critique d’usagers cubains est bien plus importante en face, aux Etats-Unis notamment. Une des bases du web2.0 étant le partage des informations et l’échange entre les usagers d’un même service, je crois que les projets qui iront dans ce sens connaitront un succès toujours plus croissant, œuvrant dans le sens du rapprochement entre les deux communautés, les cubains de Cuba et les cubains de l’exil. Et sans aucun doute qu’avec la Résolution envoyée par Lucho, c’est pour bientôt ;-)

    Commentaire par David — 13/12/2008
  • Lucho +1

    Merci David pour ce travail de traduction (je ne comprend pas trop l’espagnol)

    Sur le problème de la masse critique, je ne suis d’accord : l’essence du web 2.0, c’est la communauté. L’important, ce n’est pas le nombre de membres mais la qualité des liens qu’il y a entre eux.

    Sur Facebook, par exemple, il y a 2 stratégies :
    - se faire un max d’amis et se retrouver noyé dans un tas d’infos sans intérêt puisque sans cohérence les unes avec des autres
    - se faire des amis avec des gens avec qui on veut faire des choses et se servir de l’outil pour les réaliser.

    Je suis adepte de la 2° méthode.

    Commentaire par Miguel — 13/12/2008
  • [...] limitaciones y barreras para la llegada de la web2.0 a Cuba (aussi le plus commenté); article traduit en français sur ce [...]

  • Merci pour l’article qui me fait découvrir un monde un peu étranger, et j’approuve ce que dit Miguel, ce n’est pas la quantité qui compte, mais bien la qualité, et je crois que le web devrait aller plutôt dans ce sens là, plutôt que de privélégier une quantité quelque fois assez moyenne.

    Commentaire par mabylone — 11/01/2009
  • c’est incroyable à quel point nous sommes privilégiés en France, au niveau des libertés individuelles et de la liberté d’expression.

    On se plaint souvent, mais on devrait aller voir ailleurs de temps en temps pour nous remonter le moral …

    Commentaire par maison de retraite — 14/01/2009
  • Je découvre ton blog david, que je trouve très intéressant. Je te souhaite bon vent dans tes projets et peut etre que nous te verrons bientot sur le site http://www.caribbean-entrepreneur.com ou à une de nos rencontres ?..

    Commentaire par Maxime Mottin — 15/01/2009
  • [...] fibre optique qui doit unir Cuba au Venezuela doit arriver début 2010 et plusieurs questions dirigées au vice [...]

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