Cuba escroquée de $8.75 millions de dollars
Les faits remontent à la fin des années 70, fin 1977 plus précisément, quand se déroule une des plus grandes arnaques de l’histoire montée au détriment de l’Etat cubain…
Cuba est un modeste producteur de café mais en est surtout un grand consommateur. Les russes tentent de maintenir à flot l’économie cubaine et achètent, entre autres, du café aux cubains à des coûts supérieurs aux cours mondiaux; les anti-Castro laissent même entendre que les cubains mélangeraient du café importé à la production locale pour revendre le mélange aux russes… Quoiqu’il en soit, Cuba importe du café bas de gamme pour sa consommation domestique.
Karl Fesser, un courtier de l’Allemagne de l’Est, propose alors aux cubains une offre alléchante de café à $1.39 la lb. contre $1.54 sur le marché mondial. Après présentation de documents, certificats et engagement personnel de Fesser et de son équipe, un contrat d’achat-vente est alors signé à Saint-Martin pour l’achat d’environ 3000 tonnes métriques de “Baharona”, un café arabique cultivé en République Dominicaine. Jusqu’ici tout allait bien… excepté le fait qu’il n’a jamais existé un seul grain de ce café…
Fesser et ses hommes ne sont que des exécutants, l’homme orchestre avoué de cette escroquerie s’appelle Peter Paul dont les activités et intentions sont clairement anti-communistes et anti-castristes. A coup de centaines de milliers de dollars, le sulfureux Paul finance l’achat d’un vieux chargeur ($700,000) et une véritable chaine de personnes impliquées dans l’escroquerie, dont une équipe complète de tripulants. L’escroquerie de Paul était double, non seulement au détriment de Cuba mais aussi envers la compagnie d’assurance puisque son plan était aussi de couler le bateau en pleine mer…
Fin novembre, le bateau sans café est sur le départ dans un port proche de Santo Domingo en République Dominicaine et les documents d’embarquement justifiant que la marchandise est bien en route à destination de Cuba sont envoyés par l’équipe de Fesser et présentés à la banque: facture commerciale, certificats d’inspection et bill of lading (certificat d’embarquement signé par le capitaine du bateau): les $8.75 millions de dollars sont ainsi transférés sur un compte à Toronto. Seulement voilà, l’équipe de tripulation montée de toute pièce par les truands ne peut accéder au bateau et est remplacée par la tripulation originale qui ignore tout de la supercherie. En chemin, les tripulants se rendent compte que quelque chose ne tourne pas rond et font escale au Costa Rica où ils décident de quitter le navire.
Un telex prévient les cubains au sujet du retard de livraison, invoquant un problème mécanique du bateau. Les courtiers cubains décident alors se rendre au Costa Rica où ils découvrent un bateau vide.
Après une série de plaintes, d’enquêtes et d’actions en justice, Fessler est le seul à être détenu et l’argent déposé sur un compte au Canada est dilapidé à travers de nombreux transferts bancaires destinés à brouiller les pistes et à le faire disparaître. Les cubains n’en restent pas là, si l’argent n’est pas retrouvé, les agents cubains sont déterminés à se payer la tête de Fessler et ses amis et s’engagent alors dans une chasse aux truands. “La vie de chaque personne impliquée dans cette affaire est en jeu” déclara alors un proche de l’enquête. Le prix à payer, même pour du café.

L’agent cubain Emilio Diaz, envoyé par les cubains pour imposer la “sanction finale” à Peter Paul pour avoir dirigé l’escroquerie (baptisée “Cuban Coffee Caper”), est identifié à la morgue par le détective privé de Cuba à Miami, Frank Rubino, qui deviendra par la suite l’avocat défenseur de l’ex-président panaméen Manuel Noriega quand George HW Bush l’extradie de Panama pour être jugé à Miami.
Depuis, Peter Paul est reconnu comme un sulfureux négociant mélangeant scandale, cocaïne, séjours en prison, affaires et politique. Frank Rubino a réalisée une prestigieuse carrière d’avocat avec notamment à son actif la défense du Général Manuel Antonio Noriega.
(crédit photo: Scuzzler – source: Time)
9 commentaires »
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J’aime ces histoires ! Encore !
On rigole pas à Cuba et encore moins avec le café !!! Très bien raconté !
Bien content que ça vous plaise, c’est vrai qu’on s’y croirait… ambiance Scarface
j’adore !
Quelle histoire ! Mon Dieu !
Moi, je n’aime pas le café… tant pis !
@Boris: tu ne la connaissais pas celle là, hein !?
Superbe !
Rien que le look sur la photo nous plonge dans l’époque
intéressant mais dis donc,si tu continues comme ça à nous donner toutes ces infos, je finis par croire que tu connais mieux l’histoire de ton pays d’adoption que de ton pays de naissance ; il va falloir que je te fasse passer un bouquin sur l’histoire de France pour que tu n’oublies pas !!
@maman Chapet: garde le bouquin, je viens le chercher à la fin du mois
@Sanji: c’est cette photo qui m’a donné envie d’en savoir plus, je n’ai connu l’histoire que par la suite…
Ca me rapelle l’histoire d’un gars pas bien grand qui avait vendu à tout un pays l’idée qu’il serait le président du pouvoir d’achat. L’est monté sur un bateau (un yacht, du côté de Chypre)
n l’a jamais revu.. ca va faire plus d’un an maintenant !