Investir et travailler à Cuba (5)
Nous étudions dans le billet précédent les modalités d’obtention d’une Licence à la Chambre de Commerce de Cuba. Voyons aujourd’hui de plus près les principaux avantages et inconvénients liés à la Licence…

Elle vous permettra de solliciter les services d’entités cubaines permettant de vous faciliter et mener à bien votre activité sur le territoire, principalement la possibilité de louer des bureaux, embaucher du personnel local qualifié, importer ou acheter sur place un véhicule, possibilité d’acquérir sur place du matériel informatique. Supposément, les succursales de sociétés étrangères présentes sur le territoire ont également un certain traitement de préférence dans le cas des licitations et autres appels d’offres réalisés par les importateurs.
De nombreux inconvénients.
A mon avis, les avantages présentés représentent très souvent des obligations et des charges assez importantes qui pèseront dans votre budget de fonctionnement et frais généraux :
Louer des bureaux est une obligation coûteuse à Cuba. Se loger à titre individuel également puisque la réglementation oblige le représentant légal de succursale à louer un logement aux sociétés immobilières accréditées ou loger à l’hôtel ; il est très difficile de trouver un bureau d’une vingtaine de m2 à moins de 1000 dollars et un logement personnel de 2 chambres pour moins de 2000 dollars mensuel.
L’importation d’un véhicule coûte également : si vous souhaitez utiliser votre propre véhicule acheté en France par exemple, sachez que celui-ci ne doit pas avoir plus de 4 ans et que vous payerez à la douane cubaine 100% de la valeur facture de celui-ci pour pouvoir l’importer sur le territoire. En gros, vous payerez deux fois la valeur de votre véhicule.
Vous pensez faire venir votre propre force de travail et embaucher vos compatriotes pour constituer votre équipe ? C’est possible à condition de respecter le ratio de 1 pour 3 : pas plus de 1 étranger pour 3 cubains embauchés… Si vous souhaitez placer votre conjoint, il faudra donc avoir embauché auparavant 3 cubains qui seront mis à votre disposition et à votre service par une agence d’Etat spécialisée et dédiée à la contratation de personnel pour les succursales et représentations de sociétés étrangères (ACOREC) ; là aussi, attention à la facture…
Toutes les prestations externes liées à votre activité professionnelle sont calculées sur la base du dollar américain : 1 CUC (« Cuban Convertible », la monnaie cubaine convertible) = 1,08 USD. En CUC ou en USD devront être réglées les factures d’eau, d’électricité, de téléphone, d’Internet, etc. mais aucune en monnaie nationale (peso cubain), toutes seront payables en monnaie convertible.
Je limite volontairement l’énumération des inconvénients pour conclure ce billet.
Aujourd’hui, il est très difficile pour une petite structure d’obtenir une Licence à la Chambre de Commerce de Cuba : au-delà d’une solidité et capacité financière importante nécessaire, il faudra aussi que celle-ci fasse preuve de constance et maintienne le rythme annuel minimum des 500 000 dollars de CA réalisé sur le territoire afin de conserver ses « avantages » et sa Licence.
Le contexte économique actuel et les relations privilégiées de Cuba avec certains partenaires commerciaux comme le Venezuela ou la Chine rendent encore plus difficiles les relations commerciales de très nombreuses succursales de sociétés étrangères à Cuba : elles sont plusieurs dizaines chaque année à devoir se retirer du marché. Sur les 5 dernières années, près d’un tiers des succursales ont cessé leurs activités ou perdu leurs Licences.
5 commentaires »
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je précise que, si l’employeur étranger paie le personnel cubain adressé par l’ACOREC au prix fort, en devises, l’employé lui-même est rétribué en “moneda nacional” (peso cubain) qui vaut 25 fois moins. En fait le personnel cubain touche 5% de ce que verse l’employeur étranger, les 95% restants sont empochés par l’état cubain. Dans certains pays scandaleusement capitalistes, cela pourrait passer pour de “l’exploitation éhontée”…
au fait merci pour cette belle photo de la Lonja del Comercio, sur la Place San Francisco de Asis (La Habana Vieja)
Très juste la remarque de Lucho, c’est exact concernant la rémunération de personnel à travers ACOREC. Ajoutons que, depuis quelques mois seulement, les employés mis au service par ACOREC auprès des succursales de sociétés étrangères ont officiellement le droit de percevoir des “gratifications” en devise (en CUC). Celles-ci leurs sont remises directement par les succursales et font l’objet d’une déclaration légale. Elles ne sont pas considérées comme un salaire mais comme un geste de “stimulation”, une gratification. Sur le papier, car dans la pratique, le véritable salaire n’est pas celui versé par ACOREC (en peso cubain) mais bien la gratification, en devise…
C’est vrai; j’oubliais de dire que l’employeur, pour “motiver ses employés, avait depuis longtemps l’habitude (l’obligation?) de verser des primes occultes, parfois en nature.
[...] l’interdiction pour les comptes courants de sociétés étrangères de déposer ou extraire de l’argent liquide, exception faite pour les “gratifications” que nous mentionnons dans les commentaires de cet article [...]